C’est pas qu’on s’ennuie...
Accueil du site > HATA MARIE > • hata marie : Denise

• hata marie : Denise

vendredi 24 juillet 2015, par clf

Denise :

Bonjour Attia, je sais que vous êtes gentil, et que votre maison est aussi ouverte que l’Espace Schengen pour vos amis, mais vous en faites trop. Avec tous ces bouquets, votre cuisine ressemble à un funérarium ! Et devinez comment s’appelle le propriétaire du funérarium de la Creuse ? Monsieur Chalumeau ! Et il va s’occuper des incinérations ! Ah, Vous pouvez vérifier sur Internet ou demander à Michel et à Jacky ! Mais pour revenir à votre hospitalité, ce n’est le Pape que vous recevez, mais quelques ploucs de la Nouvelle Zélande nourris aux kiwis à en devenir verdâtres ! Et cette idée ridicule d’accrocher le drapeau de la NZ à votre portail pour les accueillir fait jaser la région ! Avec tous ces drapeau, les voisins n’arrivent plus à vous situer et ça a l’heur de déplaire à M. Le Maire qui ne doit pas être à gauche de la gauche !

Bon, j’espère quand-même que tout se passera bien, mais rappelez vous les dernières visites. Entre Jenny qui n’a pas décollé de devant la cuisinière pendant 4 jours que vous avez passés à gesticuler pour mettre du bois et faire la bouffe, Scot 15 tonnes qui vous a cassé une chaise ancienne, restaurée à 165 euros, et Ginette et Augustin qui vous ont fait payer la vinasse qu’ils avaient apportée en arrivant et qui vous a valu des aigreurs et une consultation à 23 euros — tarif conventionné, sans dépassements d’honoraires heureusement ! — ; et ne venez pas vous plaindre dans ma cuisine ! Un conseil : oubliez de faire une tarte ! Vos tartes sont vomissives ! Si, c’est du Français ! Vous pouvez demander à Bruno ou à l’Académie Française ! Un deuxième conseil gratuit aussi : à chaque fois vous avez du monde, invitez Gordon. Avec la gueule de Carême qu’il fait en permanence, vous n’auriez plus personne et ça nous fera des vacances en Berry !

Et un service à vous demander : si vous envisagez d’inviter Christophe et ... Patricia, qu’elle ne récidive surtout pas à déhancher et à tortiller toute nue, mon mari rentre de 3 semaines de convalescence parce qu’on lui a mis 2 stents, et je n’ai pas envie qu’il fasse un malaise cardiaque à enjamber haies et rigoles pour se rincer l’oeil ! Et je vous préviens : si je vois le moindre bout des nichons de Patricia — et comme Ingrid vous l’a affirmé j’ai une paire de jumelles longue portée — j’appelle le Commandant de la Gendarmerie Nationale de Ste Sèvres qui s’y connaît en gros nichons !

.../...

Denise :

Je vous ai bien prévenu pour cette nouvelle visite. Tiens, tiens ! Vos amis ont cassé le siège du WC ?!!! Vous les envoyez fissa fissa dès leur réveil à Bricomarché pour un nouveau siège, et choisissez un modèle à votre goût, style à fleurs comme le mien, et le plus cher ! Et qu’ils se débrouillent pour l’installer, pas question de faire venir le plombier. Non, mieux : allez l’acheter seul et ajouter 40 euros au prix, ça couvrira les 4 heures de la femme de ménage que vous avez engagée pour bien nettoyer la salle de bain justement, pour recevoir ces soi-disant amis ! Et je vous préviens encore : ils ne sont ici que depuis 2 jours, que vont-ils casser pendant les deux jours qui restent ?!!! Je les ai vus hier avec mes jumelles à vision nocturne essayer de faire marcher la pompe dans le puits pour arroser votre potager, c’était comique, et malheur : ils ont arrosé les pommes de terre qui vont pourrir maintenant ...

Et je ne vous parle pas du barbecue ! Votre voisine hollandaise derrière qui vient à peine d’arriver avec sa soupe de betteraves pour les vacances a failli cramer avec toute sa maison !

2/

Denise :

Bonjour Attia, j’ai vu que vous avez jeté tous vos bouquets fanés que vous aviez agencés pour vos invités et j’avais bien raison : ça ressemble bien à Oradour sur Glane, avec tout le respect que j’ai pour la mémoire. Et qui avez-vous dégotté comme calamités pour la prochaine visite après le kiwis ? Des kangourous sautillants avec les poches bien affamées à alléger votre bourse ! Pourquoi pas des maoris, des aborigènes pour terroriser encore plus les Berrichons !

Moi :

(Je donnerai bien le prix Nobel pour la Paix Civile — et même le prix SOS Suicide — à l’inventeur des assiettes et couverts en papier, qui m’évitent de tituber et de patauger devant l’évier pendant deux heures. Voyons voir, rien que pour le petit-déjeuner :

6 mugs pour le thé, 6 tasses pour le café, 6 bols pour le corn-flakes, 6 assiettes pour les toasts, 6 couteaux pour le beurre ( Gordon prend du St. Hubert ), 6 petites cuillères pour la marmelade, 12 pour gelée et confiture de chez Michel, etc.

Lorsqu’ils m’ont demandé les oeufs à la coque, j’ai abrogée l’Entente Cordiale ! Et je les ai envoyé chez Georges ( Sand ).

Bon, je me recouche !

Ah j’ai oublié : 6 verres pour le jus d’oranges, et même un septième pour de ... L’eau ! )

Denise reprend :

Vous devriez demander au lauréat du Prix Nobel pour la Paix Civile pendant qu’il y est pour un deuxième prix de fabriquer des draps, taies d’oreillers, serviettes, gants de toilette jetables, cela vous évitera une semaine avec la machine à laver qui chauffe, comme va être le cas maintenant que la première fournée de kiwis a enfin débarrassé le plancher ! Si je me rappelle bien, c’est le grand jour demain ! L’anniversaire de Gordie ! Et bien je ne risque pas de passer lui faire la bise ! Vu la gueule qu’il me fait, j’ai l’impression d’avoir affaire à un Bouledogue ! C’est comme ça que l’appelle la gamine de Patricia & Christophe. J’ai l’impression devant lui d’être transparente et je tiens à l’être par peur qu’il me morde ! Il n’a jamais, jamais, répondu à mes bien timides BonjourS bafouillés.

Qu’il garde bien ses 77 piges pour lui même !

3/

.../...

J’ai fini par prier que Jeanne ( d’Arc ), d’Orléans à 200 KM, vienne, non seulement me débarrasser de ces Ango-Saxons, mais surtout de leur interdire de boire du thé. Je n’en pouvais plus de tomber sur 6 tasses à chaque fois je vais à l’évier. C’était comme dans le film Un Jour Sans Fin ! Et comme les tasses et l’évier sont blanc et que je ne vois pas bien, j’ai fini par tâter l’évier avec mes mains pour être sûr qu’il est vraiment vide tellement les tasses se multipliaient.

Et plus je lavais les tasses, plus je voyait les traces de thé sur ma porcelaine de Limoges ( plutôt Ikea ).

J’ai appelé Denise pour un conseil. Que voulez vous que je vous dise ?, m’a-t-elle répondu, de mauvaise humour déjà. Il ne vous reste plus a faire qu’un bain pure eau de Javel, même y bouillir carrément les tasses !

Et fermer par la suite votre Espace Schengen une fois pour toutes ou alors recevez les indigènes de CHEZ NOUS ! Ils ne boivent que du rouge, ça fait un seul verre qu’ils ne rincent même pas !

Et vous devez sortir dare dare dans votre jardin, un de vos amis English, qui fait vieux sénile lubrique, essaye d’amadouer vos oies, LOL, MDR !

Votre supplice prend fin dans la matinée, puisqu’ils giclent tous aujourd’hui ! Venez donc vous remettre de votre épreuve pour un café dans ma cuisine, j’ai invité le cantonnier qui n’est peut-être pas une lumière, mais bien de chez nous ! Et comme la vitesse de la lumière étant supérieure à la vitesse du son, certaines personnes paraissent brillantes tant qu’elles n’ont pas ouvert leurs gueules, aussi, je demanderai au cantonnier de la fermer !

4/

Denise : Bon, Attia, j’ai décidé de vous apprendre le bon sens agricole ! Vous nous la jouez intello. parisien à nous soûler de littérature, politique, cinema et arts, avec un charabia qu’on ne comprend pas, et dont on se fout comme de nos premières chaussettes d’avant guerre, la première je veux dire ! Pour commencer, il ne sert à rien de vous assoir dès l’aube devant votre poulailler à attraper les oeufs dès qu’une poule en pond un, vous les stressez, vos poules pondent de travers, les coquilles sont fragilisées ! Potager maintenant : arrêtez de planter des légumes qui ne pousseront jamais ici, style aubergines, fèves, et votre fenouil ridicule ! Plantez des PDT bordel ! Et arrêtez de faire l’écolo, rien ne poussera sans engrais, vous n’avez qu’à comparer notre potager avec celui pour nains d’Ingrid ! Nos tomates font un kilo la pièce, nos salades ressemblent à des palmiers, et je vous épargne les taille de nos courgettes ! C’est même obscène ! Quant à nos potirons, c’est simple : il faut une brouette ou alors une découpe sur place ! Autre chose : laissez tomber vote projet d’avoir un dromadaire ( c’est une bosse ou deux ?!!!) ici, ça fera désordre dans le Berry, et vu le score FN, les berrichons en feront vite fait un méchoui ou des brochettes, si ça se mange cette chose ! Bon voilà pour aujourd’hui !

A tout à l’heure pour un café, et épargnez-moi votre Carte Noire, je ne bois que le café que je me fais envoyer de Lille avec escale à Rio, ou le contraire, de toute façon je ne sais pas où se trouvent des deux villes ! Pendant des décennies, j’ai été persuadée que Ste Sévère était une banlieue de Marseille !

5/

Denise, qui est enfermée toute la sainte journée dans sa cuisine, passe son temps avec deux tapettes à portée de main, à badigeonner les murs avec les mouches écrasées, et il y en a en ce moment ! Quelques fois je suis inquiet lorsque je la vois sur un tabouret face à la fenêtre essayant de massacrer les mouches au plafond.

Quand aux pauvres limaces au jardin, c’est simple, elles sont coupées au couteau en deux !

Sans parler des pauvres escargots pulvérisés au marteau !

Et je vous épargne les coups de pied dans les ventres de tous les chats qui s’approchent de sa maison. Elle envisage pratiquement de semer son seuil de mines contre chats, hérissons et autres pauvres bêtes !

Elle ne supporte ni insectes, ni animaux. Pour une ancienne fermière, il faut le faire !

Et elle est morte de rire de savoir comment Ingrid, Michel et moi, nous traitons et bichonnons nos animaux. Surtout, elle est effrayée de constater des mouches sur le visage d’Ingrid qui refuse même de les chasser ! Je m’attends toujours à ce que Denise lui badigeonne le visage à coups de tapette !

Tout est vrai.

.../...

Pas de chance pour Denise :

Son mari, Camille, rentre à peine après 3 semaines de convalescence et deux stents au coeur, qu’il tombe sur la première séance nudiste de la voisine hollandaise ! Il a été aussitôt saisi par des vertiges face à des nichons dressés comme un minaret !

Il faut dire qu’elle est vicieuse la Hollandaise. Elle clôturé et planté arbres et arbustes autour de sa propriété sauf ... Sauf face à la prairie des moutons de Camille d’où il a vue panoramique sur des formes et des courbes huilées et étincelantes. Et, du coup, il passe beaucoup de son temps avec ses brebis que dans son potager qui est, il est vrai, face à la fenêtre de la cuisine de Denise ; laquelle, du coup aussi, a fait paraître dans le journal local, l’Echo du Berry, l’annonce suivante :

Vend aux Musulmans du Berry pour Eid Elkebir des agneaux à prix cassé.

Manque de bol, vu la paranoïa des services secrets du monde entier, la Gendarmerie Nationale de Ste Sévère y a vu un langage codé pour Jihadistes en herbe et en foin ! Et voilà la pauvre Denise embarquée avec 11 chefs d’accusation : liens avec entreprise terroriste, Aqmi, ex-AlQaida, recrutement pour l’EI ( Etat Islamique de mes deux ! ), Jihadisme berrichon actif, soutien aux Kaddafistee, aux Houseinites, etc. Ils sont remontés jusqu’au Roi Farouk !

Elle n’a échappé à l’extradition vers Guantanamo que grâce au témoignage de l’Imam de Guéret, qui a expliqué le sacrifie d’Isaac aux gendarmes, qui ont déclaré que de la civilisation et de la culture arabo-musulmanes ils ne connaissent que Jamel Debouze ; leur référence suprême selon l’Echo du Berry !

Pour le retour de Denise, on a fait une grande fête chez l’Hollandaise ... Habillée !

6/

Denise n’est pas là !

Elle a enfin décidé de faire son premier voyage ! Ou plutôt de sortir enfin de sa cuisine à 79 ans !

Elle s’était fait faire un passeport biométrique, a acheté dollars et Traveler’s Checks, le guide Michelin, celui du Routard, le guide des cimetière du Boischaud Sud Berry, et a réservé une chambre/table d’hôte. J’ai besoin de changer d’air, m’a-t-elle affirmé, voir du monde, vivre une aventure, prendre des risques. Je vous ai tous assez vus ! De plus, j’aimerais bien me remettre de mon séjour au commissariat pour terrorisme internationaliste présumé ! Et dire qu’ils m’ont même accusée d’avoir été la maitresse du Roi Farouk !

Je serai dans un Relais du Silence, ni portables, ni Internet.

Je compte sur vous, Attia, pour informer Michel ( le postier ), Pascal ( le boucher ), Bruno ( le boulanger ), l’Attardé ( le cantonnier ) ! Je ne sais pas quand serai-je de retour. Mais ne dites rien à Ingrid et à Michel qui sont végétariens, je n’ai pas confiance pour nos 5 potagers !

Je crains pour elle le décalage horaires et surtout le mal du pays, car elle est quand-même partie à Châtelus-Malvaleix à ... 13 kilomètres !

En cas d’urgence, contactez mairie :

http://www.chatelus-malvaleix.fr/

7/

Mes voisines.

Denise, Ingrid, Marthe, Véronique et Valérie. Version intégrale :

J’espère au moins que vous avez de la compassion à me laisser seul à mon lamentable ( au sens propre ) sort, entre Denise-la-menace : un café, tout de suite, je vous attends ! Et Ingrid-la-terreur : je ne suis toujours pas remis de sa réaction parce que j’ai donné des vêtements aux petits-enfants de Denise. Et autre Marthe-que-ci-que-ça, mais plus compétente que mon médecin traitant, le Dr Krezmien, tellement elle est hypocondriaque. Toutes les cliniques et tous les hôpitaux se sont passés le mot, et son nom ! On la garde quelques heures dans les courants d’air d’un couloir et on la renvoie chez elle ! Les taxis et ambulance gagnent une fortune avec elle, et animent tous les deux jours les chemins de Sèvres, sans oublier de temps en temps l’hélicoptère qui éclaire Sèvres en plein nuit ! Les médecins qui la prennent quelques fois pour une collègue tellement elle parle bien de maladies et des médicaments refusent de lui accorder un RDV sachant qu’elle vient pratiquement tous les jours ! Et le Samu a mémorisé son

N° et ne répond plus !

J’ai toujours peur qu’elle claque et que je culpabilise, mais elle pète tellement le feu en dépit de ses complaintes quotidiennes. Curieusement son mari de 97 ans dit toujours qu’il va bien ! Il est même dans la presse régionale comme doyen Région Centre

La bonne nouvelle c’est que, vu leurs âges, j’ai l’impression d’être le Playboy local !

Il est temps que je teste la pédophilie !

J’entends mon portable qui hurle : Denise est à l’avance pour le café. Normal : on est dimanche ! Autre bonne nouvelle : petit à petit, elle liquide mes gâteaux à l’huile de palme que Michel ne veut pas manger, ni Ingrid. Encore une jolie boîte en métal pour Michel !

Bon, j’y vais. Il a la chance son mari d’être en convalescence pour 3 semaines à ... Guéret ! Avant son départ je lui ai demandé : vous ne préférez pas rester tranquillement chez vous ? Ah que NON, a-t-il répondu.

J’ai dit à Véronique : soyez gentille, mettez votre linge à sécher derrière votre maison, ce n’est pas très esthétique de voir les slips de votre mari, vos soutien-gorges et autres strings toutes les semaines.

Je vous demande quelque chose moi pour vos serpillières ( de Gordon ) suspendues ! A-t-elle rétorqué.

J’ai demandé à Valérie : soyez gentille, nourrissez un peu mieux votre chat, il mange à tous les râteliers, il a repéré toutes les chatières du village y compris les miennes pourtant bien cachées.

Pourquoi voulez-vous que je fasse un effort vu le prix du Whiskas, je suis épicière ! M’a-t-elle lancé ! Et les deux affirmations sont vraies.

Je m’ennuierai à mort si je retourne à Lignerolles ...

A suivre : les voisins saisonniers qui vont arriver, Lulu la Hollandaise que Camille ( le mari de Denise ) guette de derrière ses moutons pour son nudisme, Madeleine et Jacquot un couple de Parisiens dépareillés : 75 ans vs. 28 ans. Non, c’est elle les 75 ans !

Échange décalé :

Le séjour de Denise à Châtelus-Malvaleix, sous le pseudonyme de Hata Marie, a pris fin, et elle est de retour dans sa cuisine. Le mal du pays a eu raison de sa détermination d’éloignement et d’aventures.

Denise : Je suis nostalgique, Attia, que voulez-vous !

Moi : Mais, Denise, " la nostalgie ne peut pas se pratiquer à l’égard d’un lieu, car on peut toujours y retourner, mais à l’égard des êtres, car on peut les perdre pour toujours ".

Denise : Qu’est-ce que c’est que ces conneries encore ?!!! Camille ne m’a pas manqué, ma cuisine, si ! A la rigueur, les mouches, mais écrasées, aussi ! Camille, parlons-en ! Ingrid m’a dit qu’il a bien profité de mon absence, de mes jumelles à portée longue, et surtout du poste stratégique de ma cuisine avec vue plongeante sur les minarets hollandais pour se rincer les deux yeux, le salaud !

Moi : " un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ". Vous lui avez manqué, vous savez, il s’est senti esseulé.

Denise : dépeuplé mon c** ! Et les vaches et les moutons, et les poules. Et les enfants et petits-enfants !

Moi : Denise, " à défaut du pardon, laissez venir l’oubli ".

Denise : ânerie ! Ni pardon, ni oubli !

Moi : que voulez-vous que je vous dise, Denise, " les êtres sont parfois assez fous pour préférer le chagrin à l’oubli ".

Denise : vous arrêtez avec votre philosophie de pacotille ! Elle ne changera ni les choses, ni les gens !

Moi : " il y a des êtres qui regardent les choses telles qu’elles sont, et se demandent pourquoi, d’autres rêvent de les changer, et se demandent pourquoi pas ".

Denise : vous m’avez assez gavée, vos valeurs et vos principes sont des sornettes ici à Sèvres ! Je vais m’occuper du cas de Camille, et citations pour citations, je préfère celles de mon petit-fils, Léandre :

Au revoir, tête d’arrosoir,

Nous nous reverrons, tête de cochon,

A demain, petit lapin ...

.../...

Sèvres. Voisine saisonnière : Reiko est arrivée ! Qui c’est ? Mais notre châtelaine japonaise du Boischaud Sud ! Spécialité ? Non pas de sushi, ni sashimi ! Toast au Whiskas qu’elle trouve divin, et bien meilleur que toute la cuisine française ! Je ne l’embrasse plus depuis que je l’ai appris ! Denise qui appelle tout le monde Le et La, l’appelle La Reiko !

Reiko a un arrangement étrange avec son mari français : lorsqu’il arrive de Paris avec sa maîtresse, elle leur laisse le château et loue un gîte à... Sèvres ! Ce style d’arrangement s’appelle en français la part du feu. Reiko mange aussi du... foin ! Aucune exagération, c’est vrai, je le jure ! Elle m’a invité à déjeuner chez elle, j’ai répondu que je faisais le... Ramadan, toute l’année ! Que je ne mange que la nuit !

Autre caractéristique : un français pas piqué des hannetons. L’avoir pour un café avec Denise relève de l’anthologie : Reiko jacte à l’infini et Denise la regarde fixement avec ses gros yeux, ne comprenant pas un traître mot ! Michel, lui, a une chance inouïe avec son... ouïe !

Activité favorite de Reiko : faire tous les potagers de tous les voisins, et redistribuer les différents légumes à tous... les voisins ! En fonction de leur propre production, c’est courgette contre poivron !

Elle est aussi la spécialiste du cadeau de Jérusalem : je lui donne un pot de confiture, elle le passe à Ingrid, qui le file à Michel, qui le transmet à Denise... Non, elle n’en mange pas ! Le pot revient chez moi au bout de 6 mois ! C’est ainsi qu’un paquet cadeau a fait Jérusalem pendant 2000 ans. Chaque Juif l’offrait à un autre sans l’ouvrir, finalement c’était du chocolat de... 2000 ans !

Reiko décore toute la commune à Noël, bénévolement. Cela lui permet d’être au chaud en voiture et ailleurs, because... because château non chauffé ! Je soupçonne Reiko d’avoir le béguin pour Ingrid. Problème : elle ne touche jamais à rien sans ses baguettes japonaises ! Même le cresson !

.../...

Denise : Attia, Michel m’a donné une idée géniale. Je ne savais pas quoi vous offrir pour votre anniversaire bientôt. Je sais que vous n’avez que 62 ans, mais on a tous remarqué à Sèvres que vous êtes déjà au bout du rouleau, on vous voit peiner dans votre potager, avoir du mal à vous relever, tituber avec votre tondeuse, chanceler avec votre débroussailleuse, etc. Un pied dans la tombe déjà, pour faire court !

Aussi, sur le conseil de Michel donc, merci Michel, je vous ai commandé une palette de Jouvence de l’Abbé Soury ! De toute façon, ça ne peut pas vous faire de mal et, tout compte fait, c’est mieux que les cadeaux que j’ai eus à mon anniversaire. Entre Camille qui m’a offert l’intégrale de Nana Mouskouri, mais en MP3 — aucune idée de ce que je peux en faire —, et Claude qui m’a offert un collector Luis Mariano : une valise basque bourrée de 33 tours, de CD, de DVD, biographie, et même une relique de son slip (propre, je dois dire) ! Si vous trépassez avant le 2 août, je ferai expédier la palette à Marthe ; elle est toujours prenante pour toute sorte de médicaments, elle pourra biberonner jusqu’à la fin de ses jours !

.../...

Denise : Attia, j’ai remarqué que vous passez beaucoup de temps en urologie à Saint-Amand. Si vous avez la durite qui fuit, je peux vous passer les couches usagées de Camille ! Elles ne sont pas trop imbibées, car son jet est extrêmement faible ! Ça vous fera faire des économies, vous savez ; elles sont très chères en pharmacie. Je ne pourrai pas vous passer les miennes, question de taille déjà, et elles font un peu baba au rhum, tellement elles sont noyées ! Ce n’est pas pour chez vous, sur place, puisque je sais que vous pissez à peu près partout y compris dans votre lit, non, c’est pour vos déplacements ! Comme ça vous les jetterez sur les bords des routes, personne ne pourra les renifler jusqu’ici !

Bon, je vais préparer les asperges pour Camille à midi, mais, n’ayez crainte, je ne vous proposerai pas ses couches de demain matin !

.../...

Denise ressemble ce matin à une Spice Girl ! Marinière Jean-Paul Gaultier, pantalon noir Maison Margiela — le top du top, et pièce unique et faite main, avec des languettes et des lacets qui pendouillent au niveau des genoux, veste vert coranique Vivien Westwood... Et une eau de parfum... Sortie culturelle en vue : enterrement à l’Etrangle-Chèvres, commune de Briantes.

J’ai l’impression que plus elle enterre, plus elle rajeunit. Par ailleurs, elle a commencé à cocher ses Pensées. Je livre la première : « J’aime l’humanité, c’est la gens que je ne supporte pas. » Bon, je l’ai un peu aidée à la conceptualiser, mais tout de même, quelle profondeur, et l’humour !

Et tout à coup, une deuxième Pensée fuse en direct, auf Deutsch aber. Je traduis : « Il faut toute sorte de personnes pour faire le monde, et je suis bien contente de ne pas être l’une d’elles. » Pas mal, hé ? !

Du coup, son mari, Camille, inspiré, s’y est mis aussi et lui a balancé : « Si la bigamie c’est avoir une femme de trop, finalement la monogamie c’est la même chose. »

Là... elle l’a giflé et a décrété : plus de Pensées du tout. Dommage ! Denise reprend ses Pensées, mais in English afin que Camille ne comprenne pas, de peur qu’il s’y mette encore ! Je vous traduis deux pensées matinales du jour : « Ne fais pas des autres une priorité si tu n’es pour eux qu’une option » ! « Ne te dévalorise jamais, les autres le font pour toi » !

.../...

Hier soir, en rentrant tard, je suis passé obligatoirement devant leur pavillon — pas d’autre choix —, et j’ai « entendu une conversation intime », que je vous transmettrai ultérieurement, le temps de faire quelques découpes, censure berrichonne oblige ! Ça choquera plus d’une personne ! C’est plus osé que la vie sexuelle de Catherine M. Et les 2 milliards de nuances de Grey !

.../...

En rentrant tard hier soir... J’ai entendu ces quelques bribes :
Camille : Écoute, je suis le meilleur amant dont tu peux rêver car je pratique beaucoup tout seul !
Denise : Ok, moi je veux bien, mais depuis le temps, je ne me rappelle plus qui de nous deux attache l’autre !
Camille : Je regrette le temps de la vieille institutrice et ses fessées avec ses mains bien fermes !... Découpe : censure.
Denise : Je n’ai plus de force dans les mains, mais j’ai les spatules en plastique pour les tartes et celles en métal pour les omelettes, si tu veux !
Camille : Non, ça marque ; il faut que l’on arrête le bondage aussi !
Denise : Je ne veux plus que tu me fasses « ça » en voiture tout en conduisant ! Ça me terrorise.
Camille : Je ne peux plus de toute façon, arthrose et arthrite m’en empêchent, mais on peut peut-être... Découpe : Censure.
Denise : Il va falloir qu’on se mette au GroupSex ! On pourrait peut-être récupérer le réseau de DSK à Lille et à l’internationaliste ! Tu sais, toi, qu’il appelle sa zigounette Francis ? ! Bizarre, tu ne trouves pas ? !
Camille : Non, écoute, il faut qu’on regarde encore Basic Instinct, je pense que dans le film Sharon Stone dit : la baise du siècle, c’est sous cocaïne, Nick ! _ Je pourrais peut-être me procurer quelques kilos à la quincaillerie de Sainte-Sévère !
Suite inaudible...

J’ai enlevé mes chaussures pour courir jusqu’à chez moi regarder le DVD de Basic Instinct, vérifier la citation...

.../...

Denise : Attia, pourquoi vous ne profitez pas de cette canicule pour partir en vacances chez vous en Libye ? Avec escale en Tunisie. Vous serez mieux sur une plage tunisienne avec surtout les touristes English. Et l’Etat Islamique en Libye sera heureux de retrouver un ancien Libyen occidentalisé, qui vit dans la débauche, biberonne à la vinasse rouge, et jure à tout bout de champ, et indûment : Nom de Dieu !

On aura peut-être le plaisir de vous voir à la télévision française... pendu sur les hauteurs de Benghazi ! Ou mieux — ou pire, cela dépend —, vous nous reviendrez transfiguré, et bien entraîné pour nous mitonner un petit attentat au fin fond du Berry, du nord de préférence, loin d’ici. Et pourquoi pas, même, décapiter le président du Conseil général pour faire un selfie artistique dont vous avez le secret ! Et ne nous inquiétez pas pour vos chats, poules et oies. Michel se fera un plaisir de tout récupérer. De toute façon, une fois en Libye, vous ne risquez plus de les revoir ! Ma famille sera contente d’acheter au rabais votre maison qui se trouve au centre de nos 22 hectares, comme une tumeur de cancer qui nous gangrène. Vous pourriez peut-être, avant de partir, nous confier les clefs de votre maison. Votre poste de TV HD sera le bienvenu chez moi, mon mari et mon fils ne sont jamais d’accord le soir pour le programme ! Bon, allez, bon vent !

.../...

Jeudi 2 juillet. La une de L’Echo du Berry :
Chantal Goya est annoncée à la foire de La Châtre !
Je jure c’est vrai.
Denise ne tient plus en place.
Vendredi matin, Denise arrive en chantant...
Bécassine, c’est ma cousine
Bécassine, on est voisines
Quand je m’en vais voir ma grand-mère
Qui habite au bord de la mer
Je retrouve ma Bécassine
Qui m’emmène au bout de la terre
Bécassine, c’est ma cousine
Bécassine, et la cousine
Marie qui louche m’amuse beaucoup
Ensemble on fait les quatre cents coups
Bécassine, tu nous rends fous
Un soir Bécassine est partie pour le pensionnat ...

Ah, Attia, quelle soirée mémorable ! Je me suis précipitée hier soir, déguisée en Bécassine, tresses et nattes enrubannées, applaudir Chantal Goya à la foire de pommes-de-terre à La Châtre ! Michel a eu la gentillesse de m’accompagner en tant que mon cousin ! Vous ne pouvez pas comprendre, vous n’êtes pas français ! Pas plus qu’Ingrid ou Ank ! Cette chanson est dans la mémoire collective française, a instruit des générations, c’est de la quintessence poétique, de l’élévation divine !

Et quel divertissement le show ! Au sens étymologique du terme : se détourner de l’essentiel. Ça aussi, vous ne pouvez pas le comprendre ! Je ne peux pas partager ça avec vous, Ingrid, Ank, ou même Michel qui est d’origine italienne ! Quand bien même il a fredonné avec moi toute la soirée !

Avec Camille on va partir ce w’end pour un pèlerinage à Clocher-les-Bécasses, pas loin de Quimper, où est née la chanson, et où Bécassine vit encore, c’est une vieille dame maintenant !

Et elle est repartie en chantant...
Un soir Bécassine est partie pour le pensionnat
Aider les enfants pour les vacances à Etretat
Je m’ennuyais d’elle on s’écrivait oui mais voilà
Ce n’était plus du tout comme autrefois
Quand je partais avec elle à la ville dans son automobile
Dans son avion faire des loopings au-dessus des îles.

.../...

Deux ou trois petites choses que vous savez déjà de Reiko, notre châtelaine japonaise... Qu’elle laisse le château à son mari — et accessoirement à sa maîtresse — au mois d’août pour louer un gîte chez nous à Sèvres, qu’elle adore les toasts au Whiskas, et qu’elle bouffe du foin. Aussi, elle a déjà organisé ses quartiers d’été. Elle a loué le gîte d’Edwige au lieu de celui de Valérie, pour foutre la merde, ces deux-là se haïssent mutuellement depuis des décennies et sont en permanence en guerre larvée par chiens interposés. Et elle a signé une convention avec Ingrid. Reiko fournit le Whiskas pour les chats et, en contrepartie, elle obtient dans le jardin d’Ingrid l’exclusivité sur le parterre qui sert de pissoir aux chats. Elle trouve que ça fournit de meilleur foin, du pré-salé ! Elle envisage donc de faire pousser du wassabi, qui est une plante vivace à la base de la moutarde japonaise...

Denise s’est portée candidate comme cobaye pour la première récolte !

Un mois plus tard...
Maligne, La Reiko ! Elle a planté les pieds de wassabi dans les taupières, et il y en a dans le jardin d’Ingrid ! Finalement, sa moutarde n’aura pas le goût de pisse de chat. Aussi, j’ai commandé deux paquets pour le Noël de Michel et de Bruno, fins gourmets et gourmands qu’ils sont !

.../...

Je n’ai pas été chez Denise depuis quelques jours et, vu les milliards de mouches qui occupent Sèvres, je n’ose imaginer l’état des murs de sa cuisine ! Cela m’a épargné ces derniers jours de voir Denise ramasser les cadavres de mouches pour les jeter dans sa poubelle et, avec les même doigts, attraper et mettre un morceau de sucre dans mon café !

Mais il y a pire que les doigts de Denise, un voisin qu’elle invite pour le café, et à qui elle a attribué le titre : Le Peigne — sale comme un peigne, dit-elle. Je ne connaissais pas l’expression, et mon peigne est propre étant chauve !

Pour revenir aux mouches, si Ingrid, qui ne chasse même pas les mouches sur son visage étant écolo, se précipite au Bricomarché pour dévaliser le rayon insecticides, je vous laisse deviner l’état des murs et du plafond de la cuisine, et ça doit être pour Denise, un vrai safari à deux tapettes !

Le pauvre Peigne est décédé dans sa caravane, et ses deux bergers nazis, enfermés avec lui, ont eu la gentillesse de laisser le corps intact !

Denise, son mari et ses enfants ont été convoqués au commissariat, la caravane étant installée sur leur terrain. Ils ne m’ont rien mis sur le dos ! Not yet !

.../...

Saviez-vous que le lancer de bouses de vache avait son championnat de France, catégories juniors et adultes comprises, et que ledit championnat se déroulait à Sèvres en Berry, non loin de Guéret ? Le concours, annoncé sur le site de la commune, s’est déroulé samedi 4 juillet. Première mondiale du genre, prévenait le quotidien régional La Nouvelle République, la journée se voulait « éco-festive ».

Le premier prix Adultes a été attribué à Denise Yvernault. Mais son premier lancer de bouses a été raté et le tout a atterri sur le crâne de Camille, son mari. Le premier prix catégorie Etrangers a été attribué à une Hollandaise prénommée Ank, qui a réussi le tour de force d’asperger de bouses tous les spectateurs qui étaient pourtant bien planqués... derrière elle. Ingrid s’est contentée de rapporter chez elle quelques seaux de bouses à des fins d’engrais, étant radicalement écolo. Michel, qui a décliné l’invitation, a préféré s’exiler pour quelques jours à Bourges.

Pour les petits, hors catégories, les responsables ont imaginé une compétition encore plus surprenante : un jeu de pichenette avec crottes de chèvres. Les petits-enfants de Denise en étaient parfumés pour tout le week-end.

.../...

Je commence à sérieusement rivaliser avec Denise : je me suis acoquiné avec deux tapettes redoutables d’efficacité. Mes murs, mon plafond, TV, frigo, etc., sont badigeonnés de cadavres de mouches, mais, contrairement à Denise, je les ai massacrées d’une manière artistique. Donc je date et je signe chaque plâtrée. Elles sont connes ces mouches. J’ouvre porte et fenêtres pour qu’elles sortent, mais non, elles papillonnent autour de mon vin, mon dîner (couverts de Sopalin), m’empêchent de regarder la TV. Aussi, je suis obligé de chauffer mes deux tapettes qui n’ont pas eu raison d’une mouche noire, si grosse que c’est Boule, ma chatte, qui l’a gobée au vol !

Et dire qu’on est littéralement envahi de mouches à cause des vaches de Denise, et des moutons de Camille. Je soupçonne Denise de balancer autour de ma maison des saloperies pour une transhumance de ses mouches.

Faire à dîner chauffe et fait éclore les larves. J’ai pensé aux 3 heures de cuisson du pot-au-feu de Denise, à 42° l’autre jour. Ça a dû être mieux qu’un safari, un génocide.

Le pire, c’est le soir au lit lorsque j’essaie de lire et que ces foutues mouches bourdonnent. Je suis obligé d’aller réveiller mes deux tapettes dans la cuisine. Michel, qui est sourd comme un pot, ne les entend pas, mais, m’a-t-il dit, la quantité de mouches sur sa TV est telle que ça lui donne l’impression d’un bonus d’effets spéciaux.

Marcel, le vieux fermier de 97 ans, m’a dit que c’est une année de pêches et de... mouches. Il ne se trompe jamais.

.../...

Il paraît que le ginko existait déjà 40 millions d’années avant l’apparition des dinosaures, et que c’est le seul arbre qui a survécu aux bombes atomiques de Hiroshima et de Nagasaki. Il n’aurait pas dû ! Il aurait même dû disparaître avec les dinosaures qui ne me manquent pas. C’est l’arbre le plus con que je connaisse.

En grande pompe, Patricia m’en avait offert deux en pot. Je les avais à l’atelier aux Lilas, puis je les ai descendus dans ma résidence secondaire à Lignerolles, puis Gordon les a descendus plus bas, à Cognac et à La Palmyre, puis il les a remontés dans ma fermette à Sèvres, et finalement, après 15 ans, ils n’ont pas poussé d’un centimètre. Vu la quantité d’eau qu’on a fournie pour les arroser, et vu l’état caniculaire actuel, j’ai décidé de leur seppuku (harakiri, pour ceux qui l’ignorent) par sécheresse, n’en déplaise à Patricia, mais je ne supporte plus de les voir !

.../...

Pour revenir à mon atelier aux Lilas, le restaurant en face avait affiché sur la façade :
Cuisine Traditionnelle Française — Spécialité Couscous.

Ingrid m’a dit qu’elle a acheté à Intermarché des melons de Cavaillon AOC — origine : Maroc.

Finalement, ces récits instantanés font déjà 200 pages. Il est temps que je contacte Gallimard, et que j’engage Maïca comme agent littéraire.

.../...

Denise vole haut : « La salope est de retour ». Non, je ne parle pas de Denise, je ne me le permettrais pas. Il y a de nombreuses années, partout aux USA, on commençait à voir de gigantesques affiches avec une seule phrase, en lettres noires sur fond vert : THE BITCH IS BACK ! Tout le monde se demandait mais qui est cette salope ! C’était finalement un teasing publicitaire pour la sortie de Alien II, étant donné que dans le premier Alien était appelé Bitch. Quel lien avec Denise, vous demandez-vous ? Aucun. Si ce n’est que Denise s’est présentée à un casting, pour le tournage d’un film titré « La révolte des bouseux contre le chic parisien ». C’est du lourd et, excusez du peu, l’histoire est basée sur l’oeuvre de Marcel Jouhandeau. Denise a pris des cours de diction, et l’œuvre, mieux, les envois aussi du petit Marcel n’ont plus de secrets pour elle. Elle joue dans le film le rôle d’une fermière berrichonne amoureuse d’une vache qu’elle nomme « Chaminadour ». Il n’y a pas de happy end dans le film, et Denise meurt écrasée par Chaminadour dans une scène bouleversante. « La performance de toute sa vie », selon L’Echo du Berry.

Cette dernière scène a été tournée à Sèvres, et on aperçoit, parmi les figurants, Ingrid en militante écolo has been, Camille en train d’égorger ses 30 poules noires du Berry, et Michel en Jouhandeau au crépuscule de sa vie. Une image-seconde montre l’ambulance préférée de Marthe. Une scène où l’on voit les minarets hollandais a été coupée. Le film fera l’ouverture du prochain festival de Cannes, mais hors compétition, les membres de tous les jurys craignant un raz-de-marée de prix.

.../...

Bon. Voyons voir : Maïa a rejeté ma proposition d’être mon agent littéraire auprès de Gallimard ;
Christophe, useless article, n’a pas encore fait la mise en page, ni imprimé ;
Daniel, photographe, n’a jamais le temps pour le portrait de Denise ;
Mimi n’a toujours pas trouvé d’éditeur au Québec ;
Bruno, linguiste, ne s’est toujours pas mis à la version phonétique que je souhaite ;
Jacqueline ne travaille toujours pas la traduction en patois berrichon dont elle est spécialiste ;
Jacky, en dépit de son PC, iPad, iPhone, n’a jamais l’air de recevoir mes récits ;
Patricia se fout de tout cela comme de ses premières godasses au lycée d’Aubervilliers.
Eh bien, vous allez voir ce que vous ne lirez plus ! Denise et moi en grève pendant une semaine.

.../...

Communiqué : « Denise Yvernault appelle voisins et vaches à se joindre à elle pour participer massivement à une semaine de grève générale, et en assurer le succès dans une dynamique de mobilisation unitaire (assemblées générales, meeting, actions…), contre l’indifférence des amis d’Attia Bousbaa à son sort, créant un climat plus anxiogène dans sa cuisine ».

« Elle condamne une baisse sans précédent de l’intérêt de ces individus à sa vie, notamment de la part de Patricia et de Jacky, ce qui ôte toute attractivité à son existence ».

« Elle réaffirme son attachement aux récits instantanés envoyés quotidiennement par Attia Bousbaa qui ont pour objectif de sourire et faire sourire, et accessoirement faire chier le monde ».

« Convaincue de la nécessité de lutte commune, elle a obtenu les soutiens d’Ingrid, Michel, Ank, Marthe, Camille, et des habitants de la banlieue de Sèvres, Le Plaix. »
Vive Sèvres, vive le Berry.

.../...

Michel fait une fête ce jour à Sèvres. Il a invité tout le monde sauf Reiko, car il n’a plus de Whiskas pour lui faire des toasts ; il n’en achète plus pour ses chats depuis qu’il a appris !
La fête se prépare, l’écharpe boa de Denise est de sortie, et la tension monte...
Journée à haut risque pour tout le monde, car Denise dans ces cas peut s’avérer redoutable. Elle procède toujours en trois étapes.

Une : la question qui tue. Elle fixe bien tous ceux qu’elle ne connait pas ou dont elle ne se souvient pas et elle balance : vous ETES marié ? Vous avez fait des enfants ? Et là, tu n’as pas intérêt à être une lesbienne. Un jour un fermier bourru lui a répondu : Non, je suis trans-genre ! Du pur Mandarin pour Denise.

Deux : la vanne. A la dernière fête, elle regarde bien Ingrid (allemande), et Ank (hollandaise — les minarets préférés de Camille), et elle balance : vous mangez du chiens chez vous, c’est pas bien ! J’ai lu ça dans L’Echo du Berry. Inutile de décrire les visages décomposés de ces deux femmes, et qui bafouillent que non.

Trois : raconter une l’histoire ou un fait-divers. A l’avant-dernière fête :
Denise : Vous savez le couple à Le Plaix ?
Les convives : Non, quel couple ?
Denise : Le couple voyons ! Vous savez !
Les convives : Mais quel couple ?
Ça a duré un bon moment comme ça, Denise, convives, Denise, convives...
Finalement Denise balance : le couple, comment dit-on, je ne sais plus... je pense qu’on dit en français homo shexuel ! Vous savez, l’un d’eux a fait un malaise cardiaque la nuit dernière et a été transporté par hélicoptère — le même que Marthe — en pleine nuit à l’hôpital de Châteauroux. Je pense que leur mariage à Pouligny-Saint-Martin ne leur a pas réussi !

.../...

En tant qu’invité, tu n’a pas intérêt à avoir fait des confidence à Denise, c’est leur jour de sortie. Donc, cet après-midi, tout le monde va essayer de s’asseoir le plus loin possible de Denise, surtout Camille, son mari. Et personne, absolument personne n’ose partir le premier sachant que Denise va l’habiller pour l’hiver... qui peut être mortel à Sèvres.

« On reçoit quelqu’un suivant son nom et l’habit qu’il porte, on le reconduit suivant l’esprit qu’il montre. » Denise vient d’arriver à la fête de Michel, Caroline (charlotte, bonnet de douche) sur la tête ! Attention ! Compte rendu de la fête ultérieurement...

.../...

Denise nous a expliqué à la fête qu’elle s’est mis une charlotte sur la tête pour avoir le look de la Princesse Leia de La Guerre des Etoiles. Peine perdue, elle ressemblait surtout à Dart Vador !

La fête battait son plein, et Denise était remontée comme un ressort. A peine assise, elle a posé à M. G. la question qui tue : vous êtes marié ? Manque de bol, M. G. est un obsédé sexuel notoire, et il s’est fait un plaisir d’étaler sa vie sexuelle dévergondée qui va, au-delà des femmes, jusqu’à la chèvre qu’il partage avec M. B., et ce derrière les bâtiments de la mairie même. Denise était speechless, sans voix ! Ce qui ne l’a pas empêchée de balancer la vanne. A Ingrid, Denise : Puisque vous vivez seule comme Attia, pourquoi vous ne vous casez pas avec lui ? Ingrid, avec son quant-à-soi tout germanique, était restée de marbre de... Carrare. Et moi, je suis devenu lilliputien !

L’histoire maintenant.
Denise : Vous savez le couple à Le Plaix ?
Les convives : Oh, no, not again !
Denise : Non, pas ce couple-là ! Le couple en face, vous savez, Bruno, le boulanger, m’a dit qu’ils achètent tous les matins 18 croissants pour leurs... chats !

Une fois question, vanne et histoire balancées, Denise était apaisée, et ses gros yeux font le tour des visages pour voir l’effet de son triptyque.
Michel, comme d’habitude, a préparé des délices (délice avec orgue et amour sont les trois mots en français qui sont féminins au pluriel, nous enseigne-t-on, ce qui est faux car il y a un piège, mais pour le savoir, il faut vraiment maîtriser très, très bien, la langue française), et j’ai jeûné depuis hier soir — et je n’ai rien décongelé pour ce soir — pour m’en goinfrer !

.../...

Bonjour Attia, c’est déjà assez triste d’être pauvre, s’il faut en plus se priver, où va-t-on ! Je viens de m’offrir une nouvelle écharpe boa-boa, dessinée par Karl Lagerfeld, mais il ne veut pas qu’on le sache, c’est un nouveau modèle qui commence au cou et finit aux orteils, je n’ose pas bouger d’un millimètre de peur d’être étranglée ou pendue par les pieds ; on voit bien que ce cher Karl n’aime pas les femmes, ou alors d’une drôle de manière !

Je n’ai pas voulu la mettre à la fête de Michel parce que La Tottote — la femme de Toto — qui était invitée aussi, avait acheté la même ; et je n’ai pas voulu faire la compétition avec elle.

Vous avez vu comment était habillée Ank ? On dirait une prostituée sur le retour derrière une vitre à Amsterdam ! Et Ingrid ? De loin je l’ai prise pour un Waffen SS, une vraie « Opération Walkyrie » une cours ! Et Michel ? Un vrai derviche-tourneur !

La seule qui sort du lot, avec mon mari bien entendu, c’est la fille de Ank ; j’espère qu’elle ne finira pas comme sa mère en minarets hollandais ! Vous n’étiez pas mal non plus, tout en sobriété comme d’habitude, avec votre djellaba brodée blanc sur blanc ! Un vrai Malevitch ! Un linceul plutôt, je dirai ! Ça augure bien de votre avenir qui est déjà derrière vous !

Déjà que cette canicule me donne des pulsions meurtrières, Attia, je viens de lire dans L’Echo du Berry qu’un mari est tué par sa femme tous les 13 jours en France ! Pauvre Camille ! Et j’essaie de me contenir depuis que vous m’avez raconté le scénario du film de Hitchcock où une femme tue son mari d’un coup sur la tête avec un gigot qu’elle met au four, et que lorsque les policiers viennent pour l’enquête, elle leur sert le gigot rôti, qu’ils mangent avec plaisir. Donc pas d’arme du crime, pas d’inculpation ! Ça paraît si facile, si évident, si tentant...

Et ce ne sont pas les gigots qui manquent dans nos congélateurs. Et quelle ironie du sort ! Ça sera un gigot des moutons de Camille. Et que dire du commandant de la Gendarmerie nationale qui achète les gigots de Camille à la boucherie à Sainte-Sévère et qui viendra pour l’enquête ! Mais les gendarmes doivent être au courant du film de Hitchcock. Je pourrais peut-être faire le coup avec une tête de veau sauce gribiche, ou sauce ravigote, c’est plus digeste.

Il faut que j’arrête, Attia, ça me monte à la tête. Vous ne voulez pas qu’on aille à la piscine à La Châtre tous les deux nous rafraîchir ? Oui, je sais, on aura l’air d’un Laurel et Hardy, mais on s’en fout. Ou alors venez regarder avec moi le DVD du film de Hitchcock que j’ai acheté pour m’exercer avant passage à l’acte...

.../...

Attia, je sais que vous avez de graves problèmes de santé, et que votre corps déjà rachitique est devenu un vrai chantier médico-légal, mais ne vous inquiétez pas pour votre vieillesse, elle ne durera pas longtemps ! Vous mourrez bien... fait, vite fait ! Vous voulez une messe ou pas ? De toute façon, on vous fera un bel enterrement dans le carré musulman du cimetière de Châtelus-Malvaleix, et grâce à votre jardin votre tombe sera bien fleurie, au moins quelque temps. Et c’est bien ainsi, croyez-moi, on a l’air con d’être allongé dans un lit en train de mourir longuement en bonne santé ! J’étais là à écouter Denise pérorer sur ma future mort plus ou moins proche selon ses prévisions et à philosopher, et j’ai fini par bâiller. Tout à coup, elle a basculé dans une autre dimension, transfigurée, et comme une petite gamine elle s’est mise à chanter :
Qui bâille s’ennuie
Qui s’ennuie se marie
Qui se marie a des ennuis...
Dadada... Dadadi...

.../...

Attia, arrêtez de me bassiner avec des questions auxquelles je ne sais pas répondre. Dieu existe-il ? S’il existe, pourquoi laisse-t-IL se perpétuer des horreurs ? Etc. J’ai déjà du mal à comprendre comment fonctionne un tire-bouchon, comme dirait le père de Woody Allen. Vous me dites : Je pense, donc j’existe. Je vous réponds à mon niveau : je vais à SuperU tous les jeudis pour les courses — et parce qu’il y des promotions ce jour-là — donc j’existe ! Et ça se vaut !

Vous me demandez : l’oeuf ou la poule avant ? Je réponds : ça ne changera rien à mon omelette à l’oseille. Vous questionnez : la vie après la mort ? Je réponds : je n’ai pas peur de la mort, mais je préfère être absente de ma cuisine lorsqu’elle viendra me chercher. Osera-t-elle y entrer d’ailleurs ? Et pour vous clouer le bec : y a-t-il une vie AVANT la mort déjà ? Ah, là, je vous en bouche un trou ! Non, mais, qu’est-ce que vous croyez ?

Arrêtez de trop lire et surtout d’écouter à longueur de dimanches Michel Serre étaler sa culture comme j’étale sur mon pain rassis ma confiture de coings quand c’est la fin du pot.

Restez à mon niveau, ou si vraiment vous voulez voler haut au niveau de Rachida Dati !

PS : Je reviens à votre santé, je viens de lire dans L’Echo du Berry que l’arthrose est signe de longévité, vous n’en avez pas j’espère !

PS1 : Je reviens à Camille, je pense que je laisse tomber le coup du gigot sur la tête pour envisager un plan machiavélique avec la fenêtre à guillotine dans notre chambre. A propos, c’est le jour idoine aujourd’hui : St Camille. Je profiterai peut-être des feux d’artifice ce soir pour conclure.

.../...

Marthe qui est tellement hypocondriaque, et qui, à force de fréquenter tous les milieux hospitaliers de la région, a fini par connaître toutes les maladies, tous les médicaments, et qui a acquis un vocabulaire médical digne du chef de service de l’hôpital Lariboisière à Paris, a dit à sa fille : si je ne réponds pas au téléphone à la maison, essaie de me joindre à une de mes résidences secondaires, à savoir : les hôpitaux de La Châtre, Montluçon, Vierzon ou Saint-Amand-Montrond. Si c’est à l’arrière-saison, j’ai une préférence pour ma résidence à Limoges (clinique plus sélect).

Denise dit méchamment : s’il fallait les payer, elle ne prendrait pas les 34 comprimés quotidiens !

Irène, la voisine directe de Marthe, est contente du mouvement et de l’agitation, à savoir : le va-et-vient des ambulances et des taxis, hélicoptère la nuit ; car en général elle ne voit personne.

Je passe des après-midi au téléphone pour la localiser dans une de ses résidences. Une des standardistes m’a dit : ça va être la Nuit Barthélemy un de ces 4, Barthélemy étant le nom de famille de Marthe !

PS : Denise attend depuis samedi, assise sur la même chaise, devant le garage, la visite improbable de sa soeur, et en attendant, refuse toute invitation pour un café.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0