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• christophe le françois :
vous ne regarderez pas l’exposition (v1)

vendredi 2 janvier 2015, par clf










Des notes manuscrites révèlent l’interrogation d’un auteur qui s’adresse à une passante idéalisée en quête d’une rencontre, passante qu’il ne croisera sans doute jamais.



Vous ne regarderez pas l’exposition. Sauf quand on l’exigera de vous.

Vous oublierez.

Que c’est une exposition. Vous l’oublierez.

Vous oublierez aussi que c’est un jardin mais surtout vous oublierez ce que l’on attend de vous.

Vous demandez : regardez quoi ?

On vous dit, et bien, on vous dit ce mur de briques rouges, cette vigne vierge qui tente en vain de s’y agripper, ces pierres au sol, ces papiers colorés, ces oiseaux qui sifflent, ces grands arbres dans le ciel.

Ecoutez. Si vous ne regardiez pas ce qui se présente à vous, cela se verrait. Et l’exposition se viderait.

Ce que vous êtes en train de voir là, le mur de briques rouges, le ciel derrière les arbres, le chemin qui monte, les objets présentés, les cassis, vous ne l’avez jamais vu, jamais regardé.

Vous penserez que ceci qui va se passer est inaugural comme l’est d’elle-même votre propre vie à chaque seconde de son déroulement. Que dans le déroulement milliardaire des humains autour de vous, vous êtes seule à tenir lieu de vous-même dans ce moment-là de l’exposition qui se fait.

Vous penserez que c’est moi qui vous ai choisie. Moi. Vous.

Vous penserez à vous, mais comme à ce mur, ce chemin, ces arbres.

Vous avancez. Vous marchez comme vous le faites quand vous êtes seule et que vous croyez que quelqu’un vous regarde. Si seule.

Je voulais vous dire : l’exposition croit pouvoir justifier ce que vous faites en ce moment. Mais vous, de là où vous êtes, ou que ce soit, que vous soyez partie liée avec la terre, ou le vent, ou le mur, ou les arbres, vous vous rendez compte que l’exposition ne peut pas.

Passez outre. Laissez. Avancez.

Vous verrez, tout viendra à partir de votre déplacement sur le chemin, après les arbres, du déplacement de votre corps dont vous aurez pensé jusqu’à cet instant qu’il était naturel.

Vous l’avez fait.

Vous êtes sortie du champ de l’exposition.

Vous êtes absente.

Après votre départ votre absence est survenue, elle a été observée comme tout à l’heure votre présence.

Votre vie s’est éloignée.

Votre seule absence reste, elle est sans épaisseur aucune désormais, sans possibilité aucune de s’y frayer une voie, d’y succomber de désir.

Vous n’êtes plus nulle part précisément.

Rien n’arrive plus que cette absence noyée dans le regret et qui sera à ce point sans descendance qu’on pourra en pleurer. Ne vous laisser pas envahir par ces pleurs, par cette peine.

Non.

Continuez à oubliez, à ignorer et le devenir de tout ceci et celui de vous-même.








Ces notes reprennent librement le texte de Marguerite Duras - L’homme atlantique, où elle s’interroge sur la place de l’acteur dans le champ de la caméra -, pour questionner la place du regardeur dans le champ de l’art.


papier, encre, dimensions variables





Auvers-sur-Oise 2014
Photographies : christophe le françois




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